Je me souviens qu'au début de l'année, je le voyais comme une personne totalement inintéressante, dénuée de charme et pourtant. Notre relation a évolué. Le plaisir me titille à l'idée de me remémorer ses souvenirs. Tout a commencé dans un bus en direction de Lyon : visite de l'institut lumière les enfants ! Je m'endors sur lui qui passe discrètement sa main dans le bas de mon dos, nous discutons, nous rions, je me sens bien. Puis il y avait ces soirs dans la salle d'audio visuel de mon lycée, nous étions souvent seuls devant des films qui n'intéressaient pas nos copinous débilous. Une fois, ma nuit précédente ayant été écourtée pour cause d'insomnie tenace, je m'allongeai sur ses genoux sans aucune arrière pensée, ma main s'est lentement dirigée vers son entrejambe pendant que la sienne errait de ma poitrine à mes fesses. La porte s'ouvre et le professeur d'art plastique (c'est un sacré Monsieur (!) mais j'en parlerai plus tard) s'approche de nous. Raoul mal à l'aise lui dit : "On regarde Citizen Kane" en lui lançant un sourire contrit. J'étais ivre de rire. Cette attirance mutuelle ne nous quittant pas, nous avons fini par la concrétiser et lundi soir il vint chez moi. Ce garçon, en plus d'être intelligent, drôle, touchant, peu bavard, fait magnifiquement bien l'amour. Il est tellement mignon, après que j'aie joui une multitude de fois, il ose encore me demander : "C'était bien ?" avec un manque d'assurance évident. Il est si touchant. Et dire que moi, je me contrefiche de tout, que je ne ressens que rarement de la gêne, que je suis prétentieuse et élitiste à me faire détester par (presque) tout le monde. Un problème subsiste : je commence à croire que j'ai plus de sentiments pour lui que je ne voudrais en avoir. Quand il n'est pas là je veux le voir, simplement en vue de sentir sa présence réconfortante à mes côtés... C'est ridicule et il me parait impossible qu'il partage ce genre de sentiment mais comme j'ai toujours tout ce que je veux, j'y arriverai. Je ne le veux pas rien qu'à moi, mais je veux qu'il m'aime, il est libre d'aller baiser avec qui bon lui semble.
Je le vois donc, à la sortie de notre épreuve de maths, nous discutons très brièvement (comme je le disais, il est loin d'être bavard), je suis assise par terre au soleil, il se tient contre un arbre et je suis dans l'incapacité de me forcer à ne pas lever les yeux. Je vois donc son visage qui me sourit, sa bouille à faire fondre l'Everest et son sourire plein de dents tordus. J'ai envie de lui sauter dans les bras. Trop de sex appeal.
Après une interminable épreuve de bio et physique-chimie où le soleil a décidé de se placer juste sur ma table me faisant dégraisser comme un lardon dans une poêle, je pars très vite et rejoins ma mère qui hurle mon prénom de l'autre côté de la rue. "Perfide, je crois que ta mère t'appelle !". Ainsi, je me retrouve dans le bureau de mon directeur, muette. Lors de mon conseil de classe, un vote a eu lieu pour savoir si on devait me renvoyer. Pour tous les élèves turbulents de ma classe, les votes se sont fait à main levée mais le mien fut anonyme. Manifestement, seul trois des mes professeurs m'ont soutenu : Ma prof de français (qui considère que je suis d'une intelligence exceptionnelle et qui m'a sans cesse couvert de compliment), mon prof d'audio (qui est modeste, très intelligent et formidablement humain) et mon prof d'histoire géo. J'ai été fort étonnée d'apprendre qu'il ne m'avait pas descendue puisque vendredi, le coup de téléphone que je recevais m'annonçant mon renvoi venait de lui et il était loin d'être tendre. D'ailleurs, le choc fut énorme ce jour là puisque j'ai toujours considéré cet homme comme une personne hyper sensible, très humaine et prête à tout pour ses élèves. Mon directeur, qui m'adore et pense que je suis très brillante mais que je n'en fous pas une m'a dit qu'il essayait de "faire descendre la température mais que le thermomètre avait explosé". Il faut croire que j'ai l'équipe enseignante à dos et qu'ils me détestent avec toute la hargne dont ils sont capables. Je ne me l'explique pas. Cet état pourrait se révéler compréhensible s'il s'agissait uniquement de ma prof d'anglais que je méprise avec conviction mais je n'ai jamais fait que m'ennuyer tranquillement dans les cours des autres. Ma prof d'anglais, parlons en, c'est une idiote finie et tout au long du troisième trimestre nous nous sommes brouillées parce que j'étais insolente. Monsieur prof d'audio a bien tenté de me faire reprendre mes esprit en me disant que elle avait plus de pouvoir que moi étant donnée que la hiérarchie la plaçait à un statut supérieur au mien, mais mon mépris était trop prépondérant pour que je puisse en faire fi. Elle m'exaspérait profondément. Le constat fut amer et plein de rancœur, mon directeur ne peut rien faire puisque son équipe pédagogique décide. Par conséquent, il m'a conseillée de leur écrire pour tenter de les convaincre que je dois rester. Mon lycée est merveilleux, les enseignants (prof d'anglais exceptée) sont formidables et j'adore l'audio visuel ! Je vais donc devoir accomplir cette mission décadente qui consiste à formuler des excuses tout en essayant de les attendrir sur mon sort de pauvre Perfide. Le prof d'art plastique dont j'étais l'élève en seconde a bien tenté de me défendre mais rien n'y fit, il pense que je ne suis pas faite mon l'école (comme lui, il me prend pour sa poulaine), que je m'y ennuie trop. Ca m'a touché qu'il ait agi de cette manière même si ce n'est qu'un sale prétentieux qui adorerait que ses élèves le voit comme un gourou... Advienne que pourra et no stressos pipolos comme dirait l'autre.